11 – 2 FÉVRIER : PRÉSENTATION DU SEIGNEUR AU TEMPLE (formation)

Fêtée 40 jours après Noël,
la Présentation du Seigneur au Temple nous fait passer du mystère de l’Incarnation à celui de la Rédemption.

Trois thèmes principaux se dégagent :
1) Jésus, Lumière qui se révèle aux nations,
2) Jésus, signe de contradiction,
3) L’offrande de Jésus- Sauveur, qui annonce son sacrifice sur la Croix.

“Les parents de Jésus le portèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur…” (Lc 2, 22)

La fête de la Présentation au Temple, que nous fêtons le 2 février, tient dans la liturgie une place particulière : elle se situe comme la transition, la “charnière”, entre les deux mystères de l’INCARNATION et de la RÉDEMPTION : le mystère de l’Incarnation (Noël) est directement ordonné au mystère de la Rédemption (Pâques). Si Jésus est venu sur la terre (Incarnation), c’est pour nous sauver (Rédemption).

La Loi mosaïque

La loi mosaïque prescrivait que toute femme ayant mis au monde un enfant mâle premier-né devait se rendre au Temple après 40 jours :
1°) pour y offrir à Dieu le nouveau-né : Tout mâle premier-né sera consacré au Seigneur (Ex. 13, 11-13) et le “racheter” moyennant cinq “sicles d’argent”.
2°) pour s’y purifier. Elle devait offrir un agneau d’un an et une tourterelle ou, si elle était pauvre, deux tourterelles.

Pour vraiment comprendre ce rite dans toute sa profondeur, il faut le rattacher à la sortie d’Égypte. Cette prescription fut donnée par le Seigneur à son peuple à la suite de la dixième plaie d’Égypte. Rappelons l’épisode du passage de l’ange exterminateur :

Ainsi parle le Seigneur : vers minuit, je traverserai l’Égypte. Et tous les premiers-nés mourront dans le pays d’Égypte, aussi bien le premier-né de Pharaon qui doit s’asseoir sur son trône, que celui de la servante préposée à la meule et tous les premiers-nés du bétail. (Ex 11, 4-5)

Il a fallu cette mort des premiers-nés de tout le pays pour décider Pharaon à laisser partir le peuple hébreu.
Ce qui a évité aux hébreux la mort de leurs premiers-nés, c’est le sang de l’agneau de la pâque : seuls auront été préservés du passage de l’ange exterminateur ceux qui, selon l’ordre du Seigneur, avaient mis sur les deux montants et le linteau de la porte de leur maison du sang de l’agneau immolé pour la pâque. C’est alors seulement qu’ils pourront enfin quitter l’Égypte, terre d’esclavage.

En échange, le Seigneur demande que chaque premier-né mâle du peuple hébreu Lui soit consacré : “C’est à Moi.

“Le Seigneur adressa la parole à Moïse : « consacre-moi tout premier-né, ouvrant le sein maternel, parmi les fils d’Israël, parmi les hommes comme parmi le bétail. C’est à Moi.
Moïse dit au peuple : « Qu’on se souvienne de ce jour où vous êtes sortis d’Égypte, de la maison de servitude, car c’est à main forte que le Seigneur vous a fait sortir de là. (…)
Quand le Seigneur t’aura fait entrer dans le pays du Cananéen… tout premier-né d’homme parmi tes fils, tu le rachèteras. Alors, quand ton fils te demandera demain : « pourquoi cela ? » tu lui diras : « c’est à main forte que le Seigneur nous a fait sortir d’Égypte, de la maison de servitude.
En effet, comme Pharaon faisait des difficultés pour nous laisser partir, le Seigneur tua tout premier-né d’Égypte, du premier-né de l’homme au premier-né du bétail.
C’est pourquoi je sacrifie au Seigneur tout mâle qui ouvre le sein maternel, mais tout premier-né de mes fils, je le rachète ».
C’est à main forte que le Seigneur nous a fait sortir d’Égypte : voilà qui te tiendra lieu de signe sur la main et de marque entre les yeux.”
(Ex 13, 1-3. 13-16)

En évoquant la libération du peuple hébreu grâce à l’intervention extraordinaire du Seigneur en sa faveur, cette loi de l’offrande à Dieu du premier-né rappelle aux hommes qu’ils doivent tout à Dieu, Créateur et Souverain Maître de toutes choses, que tout est à Lui, et qu’Il a droit sur tout.

Présentation de Jésus au temple

Conformément à la loi juive, ses parents viennent pour offrir l’Enfant au Seigneur et le « racheter » : cette offrande est en réalité l’annonce du Sacrifice rédempteur qui, plus tard, va nous procurer le salut.

Elle est la préfiguration du sacrifice du véritable Agneau pascal qui, par son immolation sur la Croix, “rachètera” tout le genre humain : il le fait sortir de “la terre d’esclavage” (l’Égypte, symbole du péché) le libère de la domination de Pharaon, figure du démon, pour le réconcilier avec son Père et le faire entrer dans la vie divine (symbolisée par l’entrée dans la Terre promise).

Pour la première fois dans la vie de Jésus, on voit donc apparaître ce jour-là la perspective du Sacrifice. C’est là que Jésus se montre, dès le début de sa vie, comme s’offrant Lui-même à Dieu son Père, en victime de réparation, pour le salut du genre humain.

Cette loi de la présentation au Temple n’avait rien d’obligatoire pour Jésus

Il n’y avait aucune raison de racheter à prix d’argent le Rédempteur, Lui qui venait pour racheter toute l’humanité. Et Il s’était déjà offert au Père en holocauste dès le premier instant de sa vie terrestre :

Tu n’as agréé ni holocaustes ni victimes pour le péché.
Alors j’ai dit : Me voici pour faire, ô Dieu, ta volonté. (Hb 10. 6-8 – reprise du Ps 40, 79)

Pas davantage, cette loi n’obligeait Marie

Marie est la Vierge très pure, sainte et immaculée : elle se soumit néanmoins à la loi commune par humilité et obéissance.
En revanche, l’obligation d’être purifiés se rapporte à chacun de nous, pauvres pécheurs :

Dieu éternel et tout-puissant, nous T’adressons cette humble prière :
puisque ton Fils unique, ayant revêtu notre chair, fut en ce jour présenté au Temple,
fais que nous puissions aussi, avec une âme purifiée, nous présenter devant Toi.
(oraison de la messe du 2 février)

Dieu n’agrée que ce qui est parfaitement pur : nous ne pouvons être présentés au Seigneur qu’en étant purifiés. Cette pureté, nous ne pouvons l’obtenir qu’en nous tournant vers la Vierge très pure, et par son intercession

L’offrande, annonce du sacrifice qui nous sauvera

Par cette démarche de Marie, inspirée par une humilité et une obéissance parfaites, la prescription de la loi mosaïque trouve en ce jour son plein accomplissement :

– Marie n’offre pas un agneau, elle fait l’offrande des pauvres, mais elle offre à Dieu l’Agneau qui doit effacer les péchés du monde. (Jn 1, 29)

– Dans ses bras, son Fils inaugure le sacrifice qui sera consommé plus tard sur le Calvaire : Jésus petit enfant offre déjà sa vie, et toutes les souffrances de sa vie, pour tous les hommes.
Ainsi, l’obéissance de Marie nous obtient une nouvelle révélation de la Présence divine.

Trois thèmes principaux se dégagent de cette fête de la Présentation

Siméon, “homme juste et craignant Dieu“, âme d’oraison, reçoit du Saint Esprit la réponse à sa prière et révèle en Jésus :

– la Lumière qui éclairera les Nations :

Lumière pour éclairer les nations et gloire d’Israël ton peuple”. (Lc 2, 32)

– le signe de contradiction :

Cet enfant provoquera la chute et le relèvement d’un grand nombre en Israël ; il doit être un signe en butte à la contradiction…
(Lc 2, 34)

– le Dieu qui vient nous sauver :

Mes yeux ont vu ton salut que Tu as préparé à la face de tous les peuples. (Lc 2 30)

Lumière, signe de contradiction, sacrifice : trois grands thèmes de méditation.

1. La Lumière

En cette fête de la Présentation de l’Enfant-Jésus au Temple, le vieillard Siméon désigne Jésus comme la lumière du monde. Il reconnaît en ce petit enfant

“Le salut que Dieu a préparé à la face de tous les peuples,
Lumière pour éclairer toutes les nations, et gloire du peuple d’Israël.” (Lc 2, 30)

“A la face de tous les peuples” : le salut est proposé à TOUS.
Cette idée de lumière est associée à celle de salut : déjà Zacharie, à la naissance de Jean-Baptiste, l’avait prophétisé dans son cantique (le “Benedictus”) annonçant :

…le Soleil Levant qui vient illuminer ceux qui se tiennent assis dans les ténèbres et à l’ombre de la mort, afin de guider nos pas dans le chemin de la paix. (Lc 1, 78-79)

Quelques années plus tard, Jésus se définira Lui-même sous cette même image :

Je suis la Lumière du monde :
celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie. (Jn 8, 12)

La lumière luit dans les ténèbres…

Dès son arrivée sur cette terre, la présence de Jésus est manifestée par la Lumière : déjà, dans la nuit de Noël, c’est par une lumière divine qu’Il est annoncé aux bergers :

L’ange du Seigneur leur apparut et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa clarté… (Lc 2, 9)

Pour les âmes de bonne volonté, cette lumière destinée à les éclairer et les conduire vers Lui. Cette lumière, signe de la gloire divine, apporte avec elle la joie : Je vous annonce une grande joie. (Lc 2, 9)
Quant aux mages, à la vue de l’étoile, ils se réjouirent d’une très d’une grande joie. (Mt 2, 1-12)

A son tour, à la Présentation au Temple, le vieillard Siméon voit en ce petit enfant la lumière pour éclairer les nations… (Lc 2,30-32)

C’est ainsi que l’avait déjà annoncé, dans un texte superbe, le prophète Isaïe. (Is 60, 1-3 – liturgie de l’Épiphanie) Isaïe présente le Messie comme la Lumière qui illuminera l’Eglise (figurée par Jérusalem), tandis que l’obscurité recouvre la terre : vers elle afflueront les peuples désireux de sortir des ténèbres pour trouver la Lumière.

Lève-toi, Jérusalem ! Resplendis, car ta lumière est venue, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi. Regarde : l’obscurité recouvre la terre, les ténèbres couvrent les peuples ; mais sur toi se lève le Seigneur et sa gloire brille sur toi. Les nations marcheront vers ta lumière et les rois vers la clarté de ton aurore… (Is 60, 1-3)

Oui, Jésus est venu pour être la lumière de nos âmes : nous tirer de l’obscurité du mal, nous montrer ce qui est bien, et nous donner la force de le faire.

Je suis la Lumière du monde.
Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie. (Jn 8, 12)

…Et les ténèbres ne l’ont pas saisie

Jésus est venu pour être la lumière de nos âmes. On pourrait donc penser que cette lumière sera toujours désirée et accueillie avec joie. Et pourtant…

La lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas saisie… (Jn 1, 5)

Il est venu chez les siens, et les siens ne l’ont pas reçu. (Jn 1, 11)

Accueil ou refus de la lumière ?

Deux attitudes fondamentales que nous retrouvons tout au long de la vie terrestre de Jésus, jusqu’à sa condamnation et sa mort sur la Croix comme un malfaiteur… Et qui continueront, jusqu’à la fin des temps, tout au long de l’histoire de l’Église. C’est ce que saint Augustin a appelé les deux cités :

“Deux amours ont fait deux cités :
l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu, ou l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi.”

Siméon l’a bien pressenti : oui, cet Enfant sera la Lumière du monde, mais Il sera aussi.

2. Le signe de contradiction

Cette Lumière, tous l’accepteront-ils ? C’est qu’elle est aussi un feu purificateur…

Aussitôt viendra dans son Temple le Dominateur que vous cherchez, l’Ange de l’Alliance que vous désirez. Voici qu’il vient : qui pourra soutenir le jour de sa venue ? Qui pourra rester debout quand il apparaîtra ? Il sera comme le feu qui fond les métaux, comme l’herbe des foulons. Il s’asseoira comme celui qui fond et épure l’argent ; il purifiera les fils de Lévi et il les rendra purs comme l’or et comme l’argent… (Ml 3, 1.4 – 1ère lecture du 2 février)

Purifiés par ce feu, nous devenons à notre tour lumière, reflets de cette Lumière que nous recevons de Lui : Vous êtes la lumière du monde. (Mt 5, 14)

Mais cette action purificatrice, tous ne l’accepteront pas :

La lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière,
parce que leurs œuvres étaient mauvaises. Car tout homme qui fait le mal hait la lumière et ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dévoilées. (Jn 3, 19-20)

C’est pourquoi Siméon prophétise au sujet du Fils de Marie :

Cet enfant est venu au monde pour la chute et le relèvement d’un grand nombre en Israël;
il sera un signe en butte à la contradiction : ainsi seront révélées les pensées cachées dans le cœur d’un grand nombre. (Lc 2, 34)

En quoi Jésus va-t-il être “signe de contradiction” ?

En ce que, seules, les âmes de bonne volonté vont accueillir Sa lumière et accepter son message.
D’autres ne la voient pas, ou ne veulent pas la voir. Ainsi, l’évangile note qu’il n’y avait pas de place pour eux à l’hôtellerie. (Lc 2, 7), et que le roi Hérode fut troublé, et tout Jérusalem avec lui. (Mt 2, 4)
Ils refuseront cette lumière, soit parce qu’elle met à jour la qualité de leurs mauvaises actions, soit en raison de la perspective d’un sacrifice qui répugne à notre nature.

On retrouve ici l’idée – déjà évoquée pendant l’Avent – de la lutte entre le Bien et le Mal.
C’est en chacun de nous que se situe cette lutte nécessaire : pour mériter d’être un jour, comme Jésus et avec Lui, présentés au Père, il nous faut être parfaitement purifiés de nos zones d’ombre. Seule la lumière divine peut nous faire voir clair en nous-mêmes ; encore faut-il accepter d’être vrai avec soi-même.
Ensuite, seule la grâce d’En-haut peut nous donner la force nécessaire pour nous détacher de nos obscurités et nous laisser pénétrer et transformer par Sa Lumière : cela ne va jamais sans sacrifices ni renoncements.

3. L’offrande, annonce du Sacrifice qui nous sauve

Mais, sur cette voie, Jésus est passé le premier : c’est comme Victime destinée à sauver le monde qu’il a été offert au Temple. Le prix de notre salut, de la lumière pour nos âmes, c’est le sacrifice de Jésus.

“Parce qu’il est venu pour racheter le péché, il apporte nécessairement la Croix. La première et la plus lourde a été pour sa Mère bien-aimée : apprenons, avec l’aide de Marie, à accueillir la Croix comme elle, avec dévotion et simplicité.” (P. Calmel. o.p.)

De la présentation de Jésus au Temple à l’Offertoire de la messe

Le jour de sa Présentation au temple, le Christ est venu s’offrir à son Père comme victime pour nos péchés, en prélude et en préparation de son Sacrifice réalisé plus tard sur la Croix. Il offrait à l’avance, dans son cœur, toute sa vie, son obéissance, son abaissement, ses souffrances à venir pour notre rédemption. Il voulait ainsi manifester publiquement et extérieurement le caractère sacrificiel de toute sa vie, depuis l’Incarnation jusqu’à la Croix.

De la même façon, la prière de l’Offertoire vient manifester l’intention sacrificielle de l’offrande qui y est faite : le pain et le vin – auxquels sont associées les offrandes spirituelles des fidèles – y sont apportés en vue du sacrifice.
Ces offrandes sont préparées, mises de côtés extérieurement, séparées de toutes autres offrandes, bénies, présentées et offertes au Père pour être vraiment devant Lui “l’offrande parfaite et digne de Lui plaire“, en vue de devenir le Corps et le Sang de notre Seigneur Jésus-Christ au moment de la consécration.
En effet, en offrant la matière du sacrifice, les fidèles s’offrent eux-mêmes pour y être incorporés ensuite. Cette oblation reste toute relative à celle du Christ : comme la goutte d’eau dans le vin, le sacrifice des fidèles est comme “immergé” dans celui du Christ et ne prend sa réalité uniquement que dans et par ce sacrifice du Christ au moment de la consécration.

Celui qui veut venir à ma suite, qu’il se renonce…

Si Jésus est passé le premier, à nous de Le suivre sur cette voie et pas sur une autre qui nous semblerait plus à notre convenance.

Celui qui veut venir à ma suite, qu’il se renonce, qu’il porte sa croix et qu’il me suive. (Mt 16, 24)

Le sens du sacrifice : oui, nous le savons, ni l’idée ni le mot ne sont “au goût du jour” !
Notre société contemporaine, dans sa recherche effrénée du plaisir, dont elle prétend faire un absolu (hédonisme) cherche à évacuer tout ce qui est contrainte, désagrément, effort, tout ce qui répugne ou coûte à notre nature… en un mot, “nos croix” : elles sont inévitables, nous en aurons toujours.
C’est la réalité de notre vie humaine : il est impossible d’en faire complètement l’économie, sous peine de ne pas honorer notre nom de chrétiens.

Qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi.
Qui aura trouvé sa vie la perdra, et qui aura perdu sa vie à cause de moi la trouvera. (Mt 10, 38)