33 – ÉDUCATION DE NOS ENFANTS À LA PURETÉ (conseils pratiques)

La formation des enfants à la pureté dépasse largement la simple éducation à la pudeur. Elle se situe dans une perspective plus large expliquée dans le document Bienheureux les cœurs purs . Il reste que, dans l’éducation de nos enfants, c’est une responsabilité qui demande un soin tout particulier, surtout compte tenu du climat de plus en plus agressif dans lequel nous avons à les élever.


Rappelons brièvement les grandes lignes du document “Bienheureux les cœurs purs”.

– La pureté est un amour sans partage qui met Dieu au centre de notre vie et de notre cœur.
C’est un don de Dieu, qui nous a faits “à son image et sa ressemblance”, élément à ne jamais perdre de vue dans l’éducation de nos enfants : c’est “pour Dieu” que nous avons à les élever, en harmonie avec leur dignité d’enfants de Dieu.

– Cependant, depuis que le péché est entré dans le monde, nous avons à lutter – et même continuellement – pour maintenir en nous cette pureté du cœur.

– Cette lutte reste toujours possible avec la grâce que Jésus, notre Sauveur, nous procure par les sacrements, notamment le Baptême et la Pénitence.

Dans ce cadre très vaste, s’insère la pureté du corps – ou chasteté : aspect important, sans être le seul, de cette belle qualité, la pureté, qui nous mérite de pouvoir “voir Dieu“. (Béatitudes, Mt 5, 8)


Il reste que, dans l’éducation de nos enfants, c’est un élément qui demande un soin tout particulier, surtout étant donné le climat difficile où nous avons à les élever.

La pureté chrétienne demande une purification du climat social. Elle exige des moyens de communication sociale une information soucieuse de respect et de retenue.
La pureté du cœur libère de l’érotisme diffus et écarte des spectacles qui favorisent le voyeurisme et l’illusion.
Ce qui est appelé la permissivité des mœurs repose sur une conception erronée de la liberté humaine ; pour s’édifier, cette dernière a besoin de se laisser éduquer au préalable par la loi morale.
Il convient de demander aux responsables de l’éducation de dispenser à la jeunesse un enseignement respectueux de la vérité, des qualités du cœur et de la dignité morale et spirituelle de l’homme. (CEC 2525-2526)

Avoir un regard surnaturel sur nos enfants

Voir en eux la Présence divine, ce qui demande de notre part un grand respect :

– à la fois dans nos marques d’affection et de tendresse à leur égard (ne les “cajolons” pas pour notre seul plaisir…)

– et dans les exigences d’éducation que nous devons avoir pour eux : les élever pour Dieu.

Ne savez-vous pas que vous êtes un temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? Si quelqu’un profane le Temple de Dieu, celui-là, Dieu le détruira, car le temple de Dieu est sacré, et ce temple, c’est vous. (1 Co 3, 16)

Avant que nos enfants ne soient en âge de décider par eux-mêmes, c’est à nous de veiller sur eux et de les diriger en prenant tous les moyens nécessaires pour qu’ils soient toujours dignes de leur vocation d’enfants de Dieu. Nous aurons à en répondre devant Lui.

Dans cette éducation délicate de la pureté, plus encore que dans d’autres domaines, nous ne pouvons faire l’économie des moyens surnaturels :

Celui qui veut demeurer fidèle aux promesses de son baptême et résister aux tentations veillera à en prendre les moyens : la connaissance de soi, la pratique d’une ascèse adaptée aux situations rencontrées, l’obéissance aux commandements divins, la mise en œuvre des vertus morales et la fidélité à la prière. (CEC 2340)

Les habituer à vivre sous le regard de Dieu (ce qui peut se faire très tôt)

Du haut du ciel, le Seigneur regarde les enfants des hommes,
pour voir s’il en est un qui soit sage et qui cherche à plaire à Dieu. (Ps 13, 2)

Je garde toujours le Seigneur devant mes yeux ;
Il se tient près de moi, et je ne serai pas ébranlé. (Ps 15, 8)

Seigneur, Tu vois tout le fond de moi-même, et Tu me connais.
Tu sais quand je m’assieds et quand je me lève.
De loin, Tu pénètres toutes mes pensées, et toutes mes actions Te sont connues d’avance.
(Ps 138, 1-3)

Cette disposition de l’esprit et du cœur est fondamentale. Elle se forme non seulement à l’heure de la prière, mais c’est tout au long de la journée que nous avons des occasions de faire remonter notre pensée vers le Seigneur : apprenons à nos enfants à en vivre, dès le tout premier âge…

– Déjà, au réveil, l’offrande de son cœur pour la journée : “Mon Dieu, je vous donne mon cœur…”

– après avoir bien joué : “merci, Seigneur, je Vous offre mon jeu” (un peu plus tard, on offrira son travail)

– avant le repas : le Bénédicité,

– lors d’une dispute, refaire la paix : “Mon Dieu, je Vous demande pardon, aidez-moi à être gentil…”
…mais en même temps il faudra apprendre à pardonner aussi à son frère !

Rester aussi sous le regard de Marie, la toute pure, et se confier à elle

Qui, mieux que notre Maman du ciel, peut protéger la pureté de ses enfants, petits et grands !
Apprenons à nos petits à se confier à Elle en toutes circonstances.
Et nous, parents, sans nous lasser, confions-lui nos “poussins” dès que, grandissant, ils s’éloignent inévitablement du nid familial.

Apprentissage de la maîtrise de soi

La chasteté comporte un apprentissage de la maîtrise de soi, qui est une pédagogie de la liberté humaine. L’alternative est claire : ou l’homme commande à ses passions et obtient la paix, ou il se laisse asservir par elles et devient malheureux. (CEC 2339)

La maîtrise de soi est une œuvre de longue haleine. Jamais on ne la considérera comme acquise une fois pour toutes … L’effort requis peut être plus intense à certaines époques, ainsi lorsque se forme la personnalité, pendant l’enfance et l’adolescence. (CEC 2342)

– gestes, tenue ; savoir se tenir droit ; politesse, courtoisie.

– savoir supporter le chaud ou le froid sans se plaindre constamment, ni rechercher des “douceurs” ou améliorer son confort. Se lever quand c’est l’heure, sans traîner dans son lit bien chaud…

– lutte contre la gourmandise : ne pas toujours prendre ce qu’il y a de meilleur.; ne pas manger entre les repas ; manger de ce qu’on n’aime pas (les épinards !…), sans grimace…

– apprendre à ne pas regarder d’images malsaines (affiches, catalogues, télé, internet…)

– pas de gros mots… qui “salissent” l’âme. Ni de “rires gras” (signe de conversations… douteuses !).

Pas de propos déshonnêtes, ni de bouffonneries, ni de plaisanteries grossières,
cela est déplacé. Mais plutôt des actions de grâces. (Ep 5, 4)

Il est quasiment inévitable que ce mal nous arrive de l’école, notre rôle est de barrer tout de suite : “pas à la maison !”. Ne laissons surtout pas les mauvais plis se prendre, on finit par s’habituer à tout, et ensuite, c’est trop tard. Une maman en a fait, avec des enfants tout petits (l’aînée a 5 ans), la résolution du temps de l’Avent : bravo !

Éducation du sens de la pudeur (à commencer très tôt)

Le sentiment de la pudeur est une sorte de respect du mystère de la génération.
Il doit être non pas éveillé, car il est naturel, mais préservé par une éducation attentive et prudente. L’enfant adhère sans difficulté à la réserve que lui suggèrent ses parents à ce sujet.
S’il obéit à sa conscience et à ses parents, il sera préservé de bien des tentations au moment de l’adolescence.
(Père GILLET. La formation religieuse aux différents âges de l’enfance et de l’adolescence. T. 2 p. 286 – Ed Tequi)

Quelques pratiques de bon sens favorisent l’apprentissage de cette discrétion à la maison :

Le vêtement est destiné à couvrir ce qui doit l’être : c’est ainsi qu’il témoigne de notre respect du corps. Il est le reflet de la personne et de sa dignité, c’est le signe de son identité et sa distinction.

La pudeur est modestie. Elle inspire le choix du vêtement. Elle maintient le silence ou le réserve là où transparaît le risque d’une curiosité malsaine. Elle se fait discrétion. (CEC 2522)

Sobriété et simplicité n’excluent ni élégance ni personnalisation. Le “débraillé” actuellement si en vogue ne porte pas au respect, ni de soi… ni des autres.

Ne vous conformez pas au siècle présent, disait déjà saint Paul (Rm 12, 1).

Les bains : il est de loin préférable, autant que cela est possible, de baigner séparément garçons et filles, surtout à partir de 3 ou 4 ans. Les habituer à ne pas sortir nus de la salle de bain pour retourner dans leur chambre, mais recouverts d’un peignoir.

Tenue sur les plages : même si d’autres le font (et même les cousins), ne jamais laisser les enfants, si petits soient-ils, sans maillot de bain…
Il est difficile, c’est vrai, de ne pas se laisser influencer par le naturalisme à la mode, totalement incompatible avec un idéal chrétien. C’est pourtant indispensable de résister : restez fidèles à votre identité ! Votre exemple finira par porter ses fruits !

Tenue générale, maîtrise de soi : on ne se tient pas vautré sur le canapé, ce qui conduit facilement à des postures qui peuvent vite devenir inconvenantes.

(dans ce domaine, attention aux petites filles en chemises de nuit à l’heure des cabrioles, avant d’aller se coucher. Il est préférable de leur laisser au-dessous un sous-vêtement, ou de choisir le pyjama).

Éviter l’oisiveté

Veiller à ce que les enfants aient toujours une occupation : travail, jeu, lecture, bricolage…

Envoie ton serviteur au travail, afin qu’il ne reste pas oisif,
car l’oisiveté enseigne beaucoup de mal. (Si 33, 27)

Parmi les nombreuses activités possibles, écoutons le conseil avisé d’un excellent éducateur :

“Le meilleur rempart de la pureté des garçons, c’est le dévouement.” (saint Jean Bosco)

Il nous appartient aussi d’aller de temps en temps vérifier leurs activités, ce qui se fait et ce qui se dit : par exemple, contrôler discrètement jeux et conversations avec le petit ami venu jouer le mercredi, ou dormir un soir à la maison…

Voyez à ce sujet ce que dit le P. GILLET, grand éducateur, sur les “mauvais camarades”. Certaines choses se passent toujours à l’insu des parents.
Nous nous devons d’exercer un contrôle : discret bien sûr, mais réaliste.

Laissez votre garçon de 7 ou 8 ans traîner dans les rues, en compagnie de garnements : vous ne tarderez pas à le voir imiter les façons de parler, de juger et d’agir de ses jeunes compagnons.
Certains parents qui travaillent et dont la maison est fermée à la sortie de l’école ne mesurent pas les conséquences de leur imprudence : ils courent le risque de voir leur enfant contaminé par l’école de la rue… La vigilance est une des qualités maîtresses des parents et éducateurs.(p.113) (voir aussi p 174-175)
(P. Marcel GILLET- La Formation religieuse aux différents âges … Ed. TÉQUI)

La première éducation est celle de l’exemple…

Cela est plus important que tous nos discours.
La pudeur, c’est le respect de notre corps, avec un équilibre à garder entre indécence et pudibonderie : l’impudeur surexpose le corps au détriment de la personne ; la pudibonderie nie le corps et le déconnecte de la valeur de la personne. Il ne s’agit donc ni de banaliser, ni d’occulter le corps, mais de l’intégrer à la personne.
La pudeur est donc cette vertu par laquelle l’être humain ordonne ses désirs (et ceux d’autrui) à sa dignité.
La tendance actuelle du “naturisme familial” (comme de se montrer nu à ses enfants, prendre son bain ensemble, etc ) est issue en droite ligne du naturalisme selon lequel la nature serait bonne en elle-même, sans tenir compte des déviations dûes au péché originel.

La pureté demande la pudeur. Celle-ci est une partie intégrante de la tempérance. La pudeur préserve l’intimité de la personne. Elle désigne le refus de dévoiler ce qui doit rester caché. Elle est ordonnée à la chasteté dont elle atteste la délicatesse. Elle guide les regards et les gestes conformes à la dignité des personnes et de leur union. (CEC 2521)

Des parents qui ont le sens de la pudeur le transmettront naturellement à leurs enfants.
Il est normal que nos enfants soient influencés par notre manière de vivre : si nous vivons de manière simple et transparente, il en sera de même pour eux.

La pureté chrétienne demande une purification du climat social

Pensons à tout ce qui pourrait heurter leurs yeux, leur sensibilité toute neuve… Il suffit déjà de tout ce que nous ne pouvons empêcher au dehors, comme certaines affiches publicitaires.

Mais au moins, à la maison, nous avons toute liberté pour proscrire revues de mode, catalogues (ou alors supprimons les pages qui peuvent les “salir”), programmes télé… Notre vigilance sera à adapter en fonction de l’évolution des agressions.

Plus encore, veillons avec soin au choix des émissions que nous les laisserons regarder à la télévision. Mieux, regardons avec eux, ce qui permettra de former leur jugement… à moins que cela nous amène à changer de programme, voire à fermer le petit écran !

En conclusion, l’éducation de la pudeur serait chose aisée si l’enfant pouvait être maintenu dans un milieu choisi. Malheureusement l’étanchéité avec notre monde n’est ni possible, ni souhaitable.
Par conséquent, un devoir de prudence et une vigilance continuelle s’imposent aux parents.

L’histoire de Mickaël…

Cette charmante histoire, relatée par le Père GILLET dans son livre, déjà cité, illustre bien notre propos. Cet exemple met en valeur :
– la délicatesse de la maman qui aider son petit garçon à discerner le mal sans lui donner une importance démesurée,
– l’adhésion immédiate de l’enfant qui se trouve ainsi libéré de sa gêne face à une image malsaine.

Mickaël a 2 ans 1/2. Assis par terre dans le salon, il feuillette un catalogue de tricots dans lequel, j’en suis sûre, il n’y a rien à proscrire. J’en ai souvent regardé moi-même et ce catalogue nouvellement arrivé doit être semblable.
Et bien, pas du tout ! En faisant le ménage, je passe près de Mickaël, toujours bien sage sur le tapis, et quel n’est pas mon étonnement de le voir arrêté devant une femme déshabillée pour servir la cause de la publicité ! Le rouge me monte immédiatement aux joues et, en quelques secondes, les questions se mélangent dans mon cerveau : que faire ?

Lui reprendre immédiatement le catalogue sans explications ? Il va se mettre à crier, ne comprenant pas pourquoi je le dérange alors qu’il est si sage !

Déchirer la page et la mettre à la poubelle en disant que c’est mal ?…
Et si j’essayais de le prendre pour un “grand”, de lui expliquer ?

Tout ceci n’a duré que quelques secondes… Je me suis assise à côté de lui et j’ai commencé à lui parler, d’abord ironique, puis sérieuse :

“Mickaël, tu as vu cette dame ? Elle n’a même pas mis sa robe, tu te rends compte ? Est-ce que tu crois que c’est bien ? Non, tu sais, ce n’est pas bien du tout et Jésus ne veut pas que les dames se promènent comme ça ! Elle est bête, cette dame-là ; elle est tellement bête que, tiens, regarde ce qu’on va faire : on va la mettre à la poubelle !

J’arrache alors la page et, tous les deux, nous la déchirons en mille morceaux et nous la mettons rageusement à la poubelle.

Quelques semaines après cet incident bien vite oublié, la même scène se reproduit.
Mickaël avait déniché l’un de ces multiples catalogues que l’on trouve dans les boîtes aux lettres… Il lisait donc très sagement dans sa chambre tandis que, dans la cuisine, je préparais le repas.

Soudain, mon petit bonhomme arrive avec son prospectus en main et s’écrie :
“Regarde, maman, cette dame-là aussi, elle est bête, elle a oublié de mettre sa robe, il faut la déchirer et la mettre à la poubelle !”
Je répondis du tac au tac : “Tu as raison, mon chéri, c’est mal ! Allez, on la déchire et on la jette ! Tu as bien fait de me le dire.”

Je l’embrassai avec émotion et il repartit jouer. J’étais émue et terriblement inquiète, car je savais que ce ne serait pas toujours ainsi, que mon enfant grandirait et que je ne serais pas toujours là. Le mal est inévitable…

Mais s’il est vrai “qu’à 7 ans un enfant est achevé d’imprimer”, je crois et j’espère que tout ce que je lui aurai dit et expliqué lui reviendra plus tard et que, comme un trésor que l’on cache pour l’héritier, il retrouvera un jour celui que j’aurai enfoui au fond de son cœur.

(Cité par le P. GILLET dans “La formation religieuse aux différents âges de l’enfance et de l’adolescence”, p. 287 – Ed. TEQUI)