35 – ÉDUCATION DE LA LIBERTÉ (conseils pratiques)

Apprendre à nos enfants à faire un bon usage de la liberté fait partie de leur éducation morale.

La liberté est le pouvoir, donné par Dieu à l’homme, d’agir ou de ne pas agir, de faire ceci ou cela, de poser ainsi soi-même des actions délibérées. La liberté caractérise les actes proprement humains. Plus on fait le bien et plus on devient libre.
Elle atteint sa perfection quand elle est ordonnée à Dieu, notre bien suprême et notre béatitude.
(CEC Abrégé 363 –voir aussi CEC 1731-33)

Dieu nous a créés par amour, pour qu’en retour nous Lui rendions amour pour amour. Mais parce qu’on ne peut pas forcer quelqu’un à aimer, Dieu nous a créés libres : il n’est de véritable amour que libre.

La liberté implique la possibilité de choisir entre le bien et le mal. (CEC Abrégé 363)

Cependant, la liberté de l’homme est faillible. De fait, librement, il a choisi le mal. Il a péché.

Le choix du mal est un abus de notre liberté, qui conduit à l’esclavage du péché.
(CEC Abrégé 363)

En refusant d’obéir à Dieu, il s’est rendu esclave du péché.

Notre liberté est fragile à cause du premier péché. Cette fragilité devient plus aiguë avec les péchés ultérieurs. Mais le Christ nous a libérés, pour que nous soyons vraiment libres (Ga 5, 1).
(CEC Abrégé 366 – voir aussi CEC 1734-37)

Dans l’éducation, cette éducation de la liberté est donc un aspect important de la formation morale.
Cela ne pourra se faire que progressivement, selon leur âge.

Nous envisagerons deux parties :

– premier apprentissage de la liberté

– liberté et éducation morale

Premier apprentissage de la liberté

Une saine éducation vise à rendre peu à peu l’éducateur inutile : élever un enfant, c’est le conduire jusqu’à son autonomie.

Devenir autonome

Au début, le tout-petit est totalement dépendant. L’éducation va consister à le rendre progressivement libre, autonome, à lui apprendre à faire les choses “tout seul”. C’est ainsi que l’on aide un enfant à grandir. Un petit de 3 ans l’exprimait ainsi : “aide-moi à faire tout seul“.

C’est la règle d’or : ne jamais faire pour un enfant ce qu’il est capable de faire seul. Notre rôle est de l’aider autant qu’il en a besoin, jamais davantage.

Le champ d’action pour l’exercer à l’autonomie est très vaste : il y a d’abord toutes les activités de vie pratique.

Cette formation à l’autonomie peut être entreprise beaucoup plus tôt qu’on ne le croit souvent. C’est surtout une question d’état d’esprit :

– à 6 mois, l’habituer à tenir son biberon

– autour de 9 ou 10 mois, boire au verre, puis (12 ou 15 mois) manger à la cuillère.

– à 2 ans, faire la vaisselle (du petit déjeuner) fera son bonheur !

– à 3 ans, balayer, toutes les activités de vie pratique, mettre le couvert…

– vers 4 ans : s’habiller tout seul (progression, plusieurs étapes…) attacher ses boutons, 
attacher ses chaussures est déjà plus difficile : il faut savoir reconnaître la droite et la gauche, faire sa toilette tout seul.

– à 6 ans : faire son lit, cirer ses chaussures, … etc.

Apprendre à faire du vélo ou à nager, l’apprentissage de la lecture ou d’un instrument de musique, pratiquer tel ou tel sport…autant de nouvelles étapes encore, importantes, sur ce chemin de l’autonomie.

Développer ainsi l’autonomie de l’enfant, c’est favoriser en lui l’épanouissement d’une énergie vitale.

Au fil des années, il acquiert ainsi peu à peu une indépendance de plus en plus grande jusqu’au jour où il sera capable de prendre son autonomie complète.

Mais ce cher petit, faudra-t-il pour autant lui laisser faire n’importe quoi ? tout faire, tout toucher ? faire tout ce qui lui plaît ou qui lui passera par la tête ? Non, car :

On ne peut pas comprendre la liberté comme la faculté de faire n’importe quoi… (Jean-Paul II Lettre aux Familles 14)

Contraintes et limites

L’enfant va vite devoir faire connaissance avec ses limites, mais aussi avec les contraintes imposées par toute vie en société. Très vite et toujours plus, mais progressivement, le tout-petit va devoir apprendre qu’il existe des contraintes et qu’il y a des limites à sa liberté.

Ce ne sont pas des contraintes arbitraires. Elles lui sont imposées pour son bien, à commencer par les limites de sécurité (le feu, l’eau, la route, le couteau…). Lui ne peut pas savoir le danger, mais ses parents le savent pour lui.
Et puis, il y a toutes les limites à respecter dans une vie avec les autres : le buffet à vaisselle qu’il ne faut pas ouvrir, le bibelot qu’il ne faut pas toucher au salon…

Même si l’on aménage l’environnement personnel de l’enfant de manière adaptée à ses besoins, même si on enlève les bibelots fragiles de la table basse du salon, il y en aura toujours lorsqu’on va chez grand’mère : il doit bien apprendre qu’il ne doit pas y toucher.

Apprendre aussi que “je ne suis pas le plus fort” … se frotter aux autres, apprendre qu’on ne peut pas avoir tout ce qu’on veut : ma petite volonté n’est pas absolue… Pour cela, le petit doit apprendre à obéir.

L’obéissance n’est pas contraire à la liberté

Pour mener à bien l’éducation d’un enfant, comment ne pas tenir compte de la fragilité de la nature humaine ?

Il ne faut jamais perdre de vue que le sujet de l’éducation chrétienne, c’est l’homme tout entier (…).
Toutefois, c’est aussi l’homme déchu de son état primitif qui, bien que racheté par le Christ et rétabli dans sa condition surnaturelle de fils adoptif de Dieu, garde cependant les effets du péché originel, et en particulier l’affaiblissement de la volonté et le désordre des tendances. (…)

C’est dès l’âge le plus tendre qu’il faut réprimer les inclinations déréglées de l’enfant, développer et discipliner celles qui sont bonnes.
Il importe surtout d’imprégner l’intelligence des vérités surnaturelles et de fortifier la volonté par le secours de la grâce ; sans quoi il sera impossible de dominer les mauvaises inclinations.
(Pie XI Divini illius magistri 1929)

Le fondement de la formation de la volonté, c’est l’obéissance. C’est en obéissant que, progressivement, l’enfant va fortifier sa volonté et apprendre à bien user de sa liberté.

L’obéissance est le grand moyen qui permet de “réprimer les inclinations déréglées, développer et discipliner celles qui sont bonnes“. C’est une tâche de toute la vie ! C’est ainsi que l’enfant deviendra vraiment libre, c’est-à-dire capable de faire le bien.

“Plus on fait le bien et plus on devient libre” (CEC Abrégé 363)

En résumé…

De tout ce qui précède, nous pouvons tirer les principes suivants :

1 – une saine éducation consiste à rendre l’enfant progressivement autonome : ne faisons pas les choses à sa place quand il est capable de les faire tout seul. Aidons-le si nécessaire, momentanément, mais ne nous substituons pas à lui.

2 – lui faire acquérir son autonomie ne signifie pas le laisser faire n’importe quoi. Il doit aussi apprendre les contraintes qu’impose la vie en commun.

3 – ne sous-estimons pas les tendances au mal qui, même si elles ne sont pas encore apparentes, sont déjà à l’œuvre. Il faut en tenir compte dans notre manière d’agir avec nos enfants, surtout dans les premières années. D’où l’importance de donner dès le plus jeune âge de bonnes habitudes.

4 – cette éducation de la liberté demande en particulier une bonne formation de la volonté.

Liberté et éducation morale

Pour rendre nos enfants libres, il ne suffit pas de leur faire acquérir l’autonomie nécessaire dans tous les actes de la vie courante.
C’est une étape nécessaire, mais ce n’est pas encore vraiment l’éducation de la liberté.

L’essentiel pour cela, c’est d’apprendre à nos enfants à se comporter selon les règles de la loi morale : faire le bien, éviter le mal, en écoutant leur conscience. Travail de longue haleine et de patience…

Trois points sont particulièrement importants : former un jugement sain, former la volonté et donner le sens des responsabilités.

Former en nos enfants un jugement sain

Sans ce jugement, ils ne peuvent discerner dans quel sens se diriger…Ils ont à apprendre que

l’exercice de la liberté n’implique pas le droit de tout dire et de tout faire. (…) (CEC 1740)

Qu’ils sachent aussi que,

en s’écartant de la loi morale, l’homme porte atteinte à sa propre liberté, il s’enchaîne à lui-même, rompt la fraternité de ses semblables et se rebelle contre la vérité divine. (CEC 1740)

Cette question de la formation du jugement est traitée en détail dans former la conscience d’un enfant.

Former la volonté

Un autre point très important est la formation de la volonté :

Si vous n’avez pas formé votre enfant à vouloir ce qui est pour son bien, tout ce que vous mettrez à sa disposition sera vain : il en usera pour ce qui lui plaît et ce qui plaît ne correspondra pas toujours à ce que vous attendez de lui …

Il importe au plus haut point d’avoir sur cette question des idées justes et de donner sa véritable place à la formation morale et religieuse :

l’être humain, même dans sa première enfance, n’est pas un petit animal ;
plus tard, il ne s’agit pas surtout de former son esprit pour en faire une ébauche d’ordinateur.

L’être humain est avant tout une personne, au sens fort du mot, c’est-à-dire une conscience capable de distinguer le bien du mal ; un être responsable de son destin, qui peut s’attacher au bien, l’aimer et trouver à le faire le bonheur le plus sûr et le plus profond dont on puisse jouir sur cette terre.

Sans une vraie formation morale et religieuse, l’être humain est un “oiseau sans ailes” : il ne connaîtra jamais le plein épanouissement de ses facultés et de lui-même.

Et ne nous abusons pas : ce n’est pas en faisant du sport, du ski, du tennis, de la natation ; en pratiquant des arts comme la peinture, la musique ; par de l’action sociale ; en se consacrant tout entiers à leurs études, à la préparation de leur avenir ; en allant même à la messe le dimanche, que vos enfants et vos adolescents seront nécessairement bien formés.

Toutes ces choses sont bonnes et peuvent être l’occasion d’une vraie formation, mais en elles-mêmes elles ne possèdent pas de vertu magique pour développer cette formation (… ).

Toute éducation doit se proposer comme but la sagesse de l’enfant ou du jeune, de l’amener à vouloir et à faire ce qui est pour son bien et pour cela, de lui donner une bonne formation morale et religieuse.”

(Père Marcel GILLET La formation religieuse aux différents âges de l’enfance et de l’adolescence. – TEQUI)

Cette formation de la volonté est traitée de façon pratique dans un document à part.

Donner le sens des responsabilités

Être responsable, c’est être capable d’accepter de prendre en charge une action – ou une mission – et la mener jusqu’au bout.

– C’est une prise en charge personnelle : “c’est moi qui suis responsable, pas un autre”.

– C’est une prise en charge pour mener l’action ou la mission de bout en bout, dans les bons comme dans les mauvais moments. Et pouvoir en répondre, si quelque chose ne va pas, pour corriger ce qui était défectueux…

On retrouve ces deux caractéristiques de la responsabilité dans l’étymologie : “responsable” vient de

res-pondus, (pondus, le poids) le poids de l’action ou de la mission est sur “mes” épaules.
res-sponsus (sponsus, l’époux) : “j’épouse” l’action ou la mission pour le meilleur ou pour le pire.

Rendre un enfant responsable de ses actes, c’est le conduire à sa maturité et son épanouissement. Là encore, cette formation peut – et doit – commencer très tôt.

Selon l’âge d’un enfant, on lui confie une action à faire, dont il soit capable : une action où il ait le sentiment qu’on le charge d’une mission de confiance, qui va le grandir, mais qui ne soit pas trop difficile, ce qui le conduirait à un échec et au découragement. Des exemples ?

Un petit de 2 ans 1/2 est ravi de “faire la vaisselle” du petit déjeuner, debout sur un tabouret devant l’évier, équipé d’un grand tablier. Cela va l’occuper un bon moment… Essayez, vous verrez !
Et s’il tombe un peu d’eau par terre, vous lui apprendrez à prendre la serpillière et l’essuyer lui-même. Mais pensez ensuite à le remercier pour le service rendu.

Un enfant de 6 ans est capable d’aller chercher le pain à la boulangerie, sur le même trottoir. A 8 ou 9 ans, il est assez raisonnable pour traverser la rue (attention, de nos jours, à la sécurité indispensable).

Au même âge, un enfant peut être chargé de mettre le couvert, à tour de rôle avec ses frères et sœurs.

Telle petite fille de 9 ou 10 ans est capable de réaliser, peut-être pas tout un repas, mais un plat, une tarte ou une quiche… La réussite de sa cuisine la valorise aux yeux de toute la famille.

Telle autre sait donner le biberon à son petit frère. Un peu plus tard, elle apprendra à le changer. Si sa maman s’absente pour quelque course, cette enfant saura bien s’occuper du bébé en cas de besoin.

Un garçon adroit, qui aime bricoler avec son papa, est très fier de se voir confier un outil délicat à manier, d’abord avec son père, puis tout seul (cela suppose qu’il soit assez raisonnable pour ne pas faire de cet outil un mauvais usage en se disputant avec son frère).

Une grande fille de 13 ou 14 ans peut faire une excellente baby-sitter. Son frère de 16 ans également.
Vers 15 ans, une grande fille est capable de faire le marché à la place de sa maman. Etc.
Dans le même temps, nos grands prennent, par exemple, des responsabilités de CP aux scouts ou aux guides, dans un camp de vacances comme chef ou cheftaine, etc.

Des occasions d’exercer une responsabilité, pour un enfant, quel que soit son âge, on en trouve à l’infini dans une famille : préparation du cartable la veille au soir, rangement de sa chambre, entretien de la bicyclette, soin du jardin ou de l’animal familier, etc.

Ainsi, c’est peu à peu, en fonction de leur âge, que les enfants peuvent devenir responsables.
Cela suppose que les parents leur fassent confiance : c’est justement cette confiance qui fortifie l’enfant et le valorise, lui donnant le désir de ne pas la décevoir mais, bien au contraire, de s’en montrer digne.

Usage de la liberté en fonction des âges

La question qui reste toujours délicate est celle du “dosage” de liberté que les parents peuvent laisser à leurs enfants. Même au sein du même famille, il pourra y avoir des différences notoires d’un enfant à l’autre, l’un étant par nature plus raisonnable, tel autre plus impulsif et irréfléchi…

C’est toujours très progressivement que nous “lâchons” nos poussins : des premiers pas aux examens ou concours de fin d’études, que d’étapes ! L’entrée à l’école maternelle, savoir lire, faire du vélo, les mouvements de jeunes (scoutisme ou autre), les camps de vacances, les amis qui les invitent pour une après-midi ou des vacances…

Le champ de vision de nos petits s’agrandit de plus en plus au fil des années. Et, avec cet horizon qui s’étend, l’enfant est de plus en plus attiré par l’extérieur, ce qui correspond aussi avec les années qui approchent de l’adolescence.

Voir à ce sujet  Ouvrir ou fermer une porte.

C’est alors à nous de “doser” convenablement ce que nous pensons pouvoir raisonnablement laisser l’enfant faire indépendamment de nous, en fonction :

– de chaque enfant pris individuellement,
– de son âge et de sa maturité personnelle,
– du contexte extérieur.

En sachant bien que :

– notre autorité ne s’exercera pas de la même manière avec des petits ou avec des adolescents.

– il arrivera un âge où il faudra que nous sachions “larguer les amarres”, même si cela doit nous faire souffrir.

En conclusion

Gardons toujours à l’esprit que le but de cette formation de nos enfants à la liberté, c’est qu’ils deviennent responsables de leurs actions :

La liberté rend l’homme responsable de ses actes dans la mesure où ils sont volontaires. (…)
(CEC 1734-35)

Alors seulement ils sont capables de se prendre en main pour la vie, d’avoir une réelle autonomie : de “voler de leurs propres ailes”.

A tout homme appartient le droit d’exercer sa liberté, car celle-ci est inséparable de sa dignité de personne humaine.
(CEC Abrégé 365 – CEC 1738)