43 – FORMATION DE LA VOLONTÉ (pédagogie)

La formation de la volonté chez nos enfants est un élément indispensable de l’éducation,
mais c’est une entreprise délicate car, là plus qu’ailleurs
il faut tenir compte du “tempérament” de chacun.


Qu’est-ce que la volonté ?

La volonté est, avec l’intelligence, l’une des deux facultés essentielles de l’âme spirituelle. Intelligence et volonté sont en étroite connexion l’une avec l’autre :

– l’intelligence (domaine de la raison, de la réflexion) fait connaître le bien,
– la volonté fait alors choisir et mettre en œuvre les moyens pour l’obtenir.

La volonté est la faculté d’agir : décider et réaliser. C’est le passage du simple désir à l’acte : le désir ne suffit pas, seul l’acte aboutit à un résultat tangible.

“Il faut vouloir ce que nous décidons, et ne pas se contenter de désirer. Le “désir” ne conduit à rien, c’est pour cela qu’on dit que l’enfer est pavé de bonnes intentions”. (Dr Vittoz. Angoisse ou contrôle)

Ce que la volonté n’est pas

Le désir : beaucoup pensent qu’il suffit de “désirer” pour “vouloir”. Cette confusion annihile bien des efforts. Seule la volonté est une forme active de l’énergie, seule elle est libre. Le désir est passif, c’est une sujétion qu’on subit en aveugle.

L’intention est plus trompeuse que le désir : elle reste stérile. C’est une fausse volonté qui n’aboutit pas. Elle est dangereuse, car elle tranquillise en partie la conscience, en se contentant d’entrevoir le but, mais sans prendre les moyens pour y parvenir. On se fait illusion à soi-même.

L’impulsion présente les mêmes caractères que le désir, en plus fort. C’est une énergie débridée, désordonnée, d’autant plus dangereuse qu’elle est moins raisonnée. L’impulsif croit “vouloir”, mais en fait, il est esclave de son impulsion.

Seule la volonté satisfait totalement la conscience : sa décision prise, elle réalise ce qu’elle a décidé, dans le calme.

Ce qu’elle est : la mise en œuvre d’une énergie

La volonté n’est pas un effort, une tension : c’est un élément moteur, une énergie qui est en nous, une énergie libre, indépendante, intelligente. Nous la déclenchons par une décision.

Il faut vouloir tous les actes que nous posons, qu’ils soient agréables ou ennuyeux, libres ou imposés. Nous devons toujours les accomplir librement : cela leur donne une vitalité plus intense et augmente leur valeur. (Dr Vittoz. Angoisse ou contrôle)

La volonté consciente est une force qui se développe par l’exercice et le travail. Cette force est en nous, indestructible : c’est elle qui nous assure une liberté qui ne finit qu’avec la vie. Notre but d’éducateurs est de cultiver cette volonté chez l’enfant, de la développer, mais surtout pas de la briser.

Le processus de l’acte volontaire

Il se passe en trois temps : VOIR, JUGER, AGIR.

Il faut d’abord voir le bien, juger ce qui est bon (non seulement sensiblement, mais bon pour tout notre être, pour notre fin), juger que tel acte est à faire : tout cela relève de l’intelligence.

La volonté agit ensuite : elle exécute ce que lui a montré l’intelligence comme ce qui doit être fait.

1 – VOIR : de quoi s’agit-il ? Il est nécessaire de définir exactement ce que l’on veut.

Trop souvent, on reste sur une pensée floue, mal définie. On ne sait pas exactement ce que l’on veut. Donc, commencer par bien préciser sa pensée.

2 – JUGER : est-ce que je peux le faire ? – Est-ce que j’ai réellement la capacité de le faire ?

(Il est inutile de vouloir une chose impossible, comme de soulever un énorme rocher).

3 – AGIR : est-ce que je le veux vraiment ? – Je prends les moyens pour obtenir ce que je veux.

De ces trois conditions psychiques de l’effort de volonté, la sincérité du vouloir est encore celle qui fait le plus souvent défaut, et la plupart des échecs de la volonté sont dus à ce manque de vérité. (Dr VITTOZ, Rééducation du contrôle cérébral)

Étapes de la formation de la volonté

Comme toujours en matière d’éducation, les objectifs vont évoluer avec l’âge de l’enfant.

– Étape préalable à tout le reste, mais indispensable : avant l’éveil de la raison, donner à l’enfant de bonnes habitudes, propreté, ne pas manger entre les repas, obéir tout de suite… Voir la toute première formation morale.

– Une autonomie progressive qui, en procurant à l’enfant de plus en plus de liberté, lui apporte des occasions multiples d’exercer sa volonté : apprendre à marcher, manger tout seul, s’habiller, lire, faire du vélo, etc. Voir l’éducation à la liberté.

– Viendra ensuite le travail intellectuel où il faut “s’accrocher” à son travail : une traduction difficile, un théorème compliqué, il faut en venir à bout… Tant pis pour l’envie d’aller courir dehors, on ira après.

– Dans le domaine artistique : combien de temps passé dans les gammes et les exercices au piano ? C’est pourtant indispensable avant de pouvoir se produire en concert !

Entraînement sportif.

C’est dans tous les domaines que la volonté doit s’exercer : elle seule permet de toujours se dépasser.

Sur quels points exercer la volonté ?

La maîtrise de son corps

Les parents enseigneront aux enfants à subordonner les dimensions physiques et instinctives aux dimensions intérieures et spirituelles.
(CEC 2223)

L’être humain étant corps et âme, l’enfant doit apprendre à commander à son corps. Dès 3-4 ans, nous lui ferons prendre conscience de ce qu’il est “corps et esprit” et que “c’est mon esprit, “moi”, qui commande à mon corps”. Voir corps et esprit.

Le silence

Le silence s’obtient d’abord par la maîtrise de son corps : “Je commande à mon corps de ne pas bouger“.
Cela permet ensuite une certaine maîtrise de ses pensées (plus difficile) qui permet alors de se recueillir. Source d’équilibre et de calme en toutes circonstances, le silence est l’étape indispensable avant de commencer la prière.

Les fruits du silence : équilibre du caractère, maîtrise de soi, ordre dans les idées, sérénité.

Documents sur le silence et notamment comment former nos enfants au silence.

Le respect de soi

Pas de vulgarité, de tenues négligées, de laisser aller.
Se tenir droit… mais naturellement, sans crispation ni raideur.
Pas de gros mots, qui salissent l’âme et salissent la bouche. Pour en guérir ses enfants, une maman avait trouvé l’idée de les menacer de leur laver la bouche avec du savon…

Les actes conscients, actes de décision

Dans tous ces exercices, il est bon de verbaliser sa décision, cela fortifie l’acte volontaire : “J’ai ça à faire, je n’ai pas très envie, mais je le fais (par amour, par devoir…) pour me dépasser”.

– Je décide d’aller ouvrir la porte sans bruit…de la fermer…
– je décide de ne pas ouvrir le placard où sont les confitures et le chocolat, parce que maman l’a défendu.
– C’est l’heure de me mettre au travail : je décide de m’y mettre, au lieu de regarder la télé.
– Je refuse de tricher en “commandant à mes yeux” de ne pas regarder la réponse de l’exercice sur le cahier du voisin.

Le goût de l’effort, qui grandit l’enfant

Qu’il soit proportionné aux capacités réelles, sinon ce sera une cause de découragement.
Voir donner aux enfants le sens de l’effort.

Le sens du devoir

– Le devoir d’état : le travail bien fait, le finir jusqu’au bout…
– Lutter contre le “j’ai pas envie” : je commence par ce que j’aime le moins faire et je le fais bien. (Quelle joie ensuite d’avoir gagné cette victoire sur soi-même !)
– Prendre une résolution, une seule à la fois, mais s’y tenir pendant un certain temps.

Formation du courage

– Ne pas se plaindre. Supporter avec patience les contrariétés ou tout ce qui me dérange.
– Maîtriser une peur, avec l’aide de papa : aller ensemble dans la forêt, la nuit, analyser les bruits…
– Faire de son mieux, et même ce qu’on n’a pas envie de faire.
Pour un tout-petit, continuer de marcher au lieu de se faire porter, même s’il est un peu fatigué.

L’esprit de sacrifice et l’éducation de la générosité

Sens de la gratuité. A commencer par l’obéissance, sacrifice de sa volonté propre.

Le sacrifice est le signe de l’amour vrai : antidote des concessions, refus, retards, discussions…

C’est le moment d’inviter l’enfant à faire les choses pour l’amour de Jésus

Être attentif aux autres

– Ouvrir le cœur de l’enfant aux besoins des autres, à leur peine.
– Aimer les autres, leur faire plaisir, se gêner pour eux, s’oublier soi-même.
– Donner : c’est aussi se défaire de sa volonté propre.

Deux contrefaçons de la volonté

La velléité

Faiblesse, amollissement de la volonté : on a de beaux élans, mais on remet toujours à plus tard, on n’aboutit à rien de sérieux, ou bien on n’aboutit jamais.
S’y rattachent le désir, l’impulsion, l’intention. Un mot caractérise le velléitaire : “je vais le faire”. L’exemple type : celui qui se croit sportif parce qu’il aime regarder un match de foot à la télé. Mais… faire du sport lui-même ? Il a toujours une excuse pour ne pas y aller.

Attitudes à développer :

– Fixer de petits objectifs, commencer tout de suite, et en faisant l’effort d’aller jusqu’au bout de ce qu’on a commencé.
– Rappels fréquents des parents : “As-tu fait ton travail, as-tu pris tes médicaments ? Etc ”
– Maintenir l’enfant (ou le jeune) dans le réel : qu’as-tu réalisé aujourd’hui ? (“On juge l’arbre à ses fruits”).
– Lui faire prendre conscience de “sa” réalité. L’empêcher de se réfugier dans une rêverie stérile où, bien sûr, il se voit tout autre qu’il n’est.
– Encouragement : “c’est bien, aujourd’hui, tu as un bon résultat. Continue…”

Le volontarisme

C’est l’attitude de celui qui se croit capable d’en faire plus qu’il ne peut en faire, ou plus et mieux que les autres. D’où tension, crispation, durcissement.
Orgueil, présomption, mépris des autres. Et, en cas d’échec, dépit, irritation, colère.

Attitudes à développer :

– Reconnaître ses limites (humilité), faire tout son possible et, pour ce qui nous dépasse, Faire appel à la force divine : la grâce pour l’instant présent. Esprit d’abandon.
– Accepter les contretemps, les imprévus, les retards, les échecs avec patience et douceur.
– Soumettre “ma” volonté à la Volonté de Dieu.

Dans l’un ou l’autre cas, on ne peut faire autrement que de tenir compte des données du tempérament : stimuler dans le premier cas, tempérer et adoucir dans l’autre.

Difficultés rencontrées chez les enfants dans la formation de leur volonté

La formation de la volonté chez nos enfants, nous le voyons, est une entreprise délicate : là, plus qu’ailleurs, il faut tenir compte de la différence des tempéraments d’un enfant à l’autre. Il y a les distraits, les instables, les rêveurs, les timides, les anxieux.

– Au sujet des rêveurs, ne pas confondre le rêve et la rêverie.

Il y a un rêve constructif, créatif, où l’on se projette dans le futur, avec un projet possible et réalisable. On rêve ainsi d’un voyage, de la construction d’une maison…
La rêverie, elle, n’est jamais bonne : elle est une fuite du réel, où l’on se réfugie dans un monde qui n’existe pas, sans contrariétés et surtout sans efforts. Quoi de plus destructeur ?

– Il y a encore les peurs qui paralysent : peur d’un chien, peur de la nuit… Dédramatiser par une prise de conscience du réel, à base de sensations vécues : la connaissance sensible, le contact direct avec les choses, remplacent l’idée, subjective, qu’on s’en fait.
Les paresseux sont des non actifs : par manque d’intérêt, ils ne passent pas au troisième temps, l’action.
Le manque de concentration peut dénoter une réelle difficulté à fournir un effort de volonté : ce qui peut nécessiter une thérapie.

Une autre difficulté se répand de plus en plus actuellement : “J’ai envie”. C’est devenu le maître-mot !
Ce cher petit ne peut pas s’en empêcher, il faut le laisser faire… Surtout, ne pas le contrarier !

Il ne faut pas aller contre les envies des enfants” : c’est la nouvelle tendance lancée par les psychologues.
J’ai envie, en classe, de monter sur la table… J’ai envie de chatouiller le cou mon voisin… J’ai envie de sortir dehors au lieu de rester dans la classe… J’ai envie de manger un carré de chocolat… J’ai envie de grimper sur le toit de la voiture… J’ai envie … J’ai envie …

Mais aussi :
J’ai pas envie de faire mon travail, j’ai pas envie d’aller mettre le couvert quand c’est mon tour, j’ai pas envie de dire bonjour à la dame, de saluer la maîtresse en arrivant le matin, j’ai pas envie de rendre service à ma grand-mère, j’ai pas envie de ramasser le livre de maman que j’ai fait tomber, j’ai pas envie de nettoyer les saletés que j’ai faites en rentrant avec des chaussures pleines de boue…

Mais où tout cela nous mène-t-il ?… A l’anarchie, tout simplement !
Céder à ses “envies” consiste à faire tout ce qui lui passe par la tête : cela aide-t-il l’enfant à se construire ? Si l’on juge l’arbre à ses fruits, quels sont les fruits de ces multiples “j’ai envie” ?

Souvenons-nous que la vie est un combat, une lutte entre des forces bonnes et des mauvaises. Que ce soit dans une salle de classe ou à la maison, préférons la ligne de conduite qui les invite à résister : “ne vous livrez pas à toutes vos envies”.

Place de la volonté dans l’éducation morale

Nous avons besoin de la volonté pour tous les actes que nous posons, mais plus encore pour nous défendre contre le mal : le mal en nous, mais aussi à l’extérieur.

Il s’agit surtout ici de la lutte contre nos défauts, et surtout les défauts dominants. Cette lutte doit commencer dès la petite enfance, elle sera d’autant plus facile qu’elle sera commencée plus tôt.
Les 6 premières années sont décisives.

Que nous le voulions ou non, la vie est un combat et le champ de bataille, c’est nous-même. C’est la lutte entre :

– des forces bonnes, qu’il faut développer,

– et les tendances au mal, conséquences du péché originel, qu’il faut nécessairement combattre sous peine d’être dépassé par elles : jalousie, orgueil, colère, gourmandise, désobéissance, mensonge…

Qui l’emportera ? La victoire n’est possible que grâce à une volonté solide et en s’appuyant sur la grâce de Dieu.

Il est normal que nous soyons tentés. Mais il dépend de nous que la tentation, au lieu d’être une occasion de chute, devienne une occasion de victoire : mais il nous faut toujours une bonne dose de volonté pour couper court, dès le début, à toute sollicitation mauvaise.

Désirer et choisir Dieu

La volonté, nous l’avons vu, est une faculté qui nous fait tendre vers un bien qui nous attire, que nous désirons, et qui nous fait prendre les moyens pour l’obtenir.

Or, le Bien suprême pour lequel nous sommes faits, c’est DIEU.
Ayons de Lui un grand désir et utilisons notre volonté, non seulement pour renoncer au péché, mais surtout pour L’aimer comme Il l’attend de nous, c’est-à-dire conformer notre volonté à la sienne en tout amour et confiance.

Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.