81 – FAUSTINO ET LA CROIX DE JÉSUS (histoire à raconter)

Ce récit, tiré de la vie de Faustino,
jeune adolescent espagnol mort à 16 ans et demi,
illustre bien la mystérieuse attirance des petits et des enfants vers la Croix.

L’enfant, l’adolescent, peuvent-ils comprendre la Croix du Christ ? N’est-ce pas un mystère trop dur, trop éloigné de leur vie ? N’essaie-t-on pas aujourd’hui de trop la leur cacher sous prétexte de ménager leur sensibilité ?

C’est, à mon avis, une erreur, car les enfants sont très capables de pénétrer le mystère d’amour de Jésus crucifié. Et, peut être, encore mieux que nous, les adultes.

Vers le milieu de l’après midi, nous avons fait le chemin de la croix, mais chacun en particulier. Cela a été un grand moment pour voir combien le Christ a souffert pour nous…
J’aime faire le chemin de la croix tout seul.
Tu peux y suivre pas à pas la Passion du Seigneur. Ça te rend meilleur.” (novembre 1960)

Faustino a écrit ces lignes dans son journal le 23 octobre 1960. Il a 14 ans à peine.
Il était né à Valence (Espagne) en 1946 et il est mort en 1963 à 16 ans et demi.
Sa cause de béatification se trouve déjà à Rome.

Il a mené la vie tout ordinaire d’un jeune de son âge et de son temps. Il a aimé passionnément le foot, la montagne, la nage… Il aimait à vivre et il rêvait de devenir missionnaire.

J’ai beaucoup médité sur le péché et sur les grandes souffrances du Christ en croix.
C’est lui qui nous reçoit à bras ouverts, nous qui sommes ses bourreaux.
J’ai si réellement ressenti la honte de payer avec mes offenses l’Amour que nous donne le Christ, que je fais la promesse que Dieu m’aide à la tenir ! de me transformer et de devenir toujours un peu meilleur…” (novembre 1960)

Trois mois après avoir écrit ces phrases, on lui découvre la maladie de Hodgkin.
Pendant deux ans et demi, il va avoir des hauts et des bas dans sa santé, des périodes où il se sent très bien et d’autres de souffrances pénibles.

Sans jamais perdre la paix de son âme, il va malgré tout étudier de toutes ses forces pour ne pas retarder son entrée au noviciat marianiste, première étape pour réaliser son rêve missionnaire.

La contemplation du Christ en croix n’est pas seulement une aide pour éviter le péché ; elle est surtout un idéal de générosité, de dévouement, de courage pour sa vocation :

Cela t’aide à prier avec plus de ferveur et aussi à penser plus souvent à Lui qui est mort sur la croix pour nous sauver. J’ai bien envie de lui être utile, de faire quelque grand sacrifice pour le Christ qui est mort pour nous. J’ai hâte de voir arriver le moment de mettre à exécution mon projet de vocation et de me sacrifier pour lui et pour mes frères.” (23 février 1962)

Quand on médite un peu sur la Passion du Seigneur, nous voyons tout ce qu’il a souffert pour nous : flagellation, couronnement d’épines, portement de la croix, crucifixion et mort.
Tout cela pour nous sauver de la damnation éternelle. Tout par amour.
Il nous aime d’un amour infini ; il ne pense qu’à nous.
Comment ne pas lui rendre un peu de cet amour si grand ?
Je pense que c’est une bonne raison pour lui consacrer toute notre vie.” (26 février 1962)

Sans la connaître, il a fait sienne cette idée du Pape saint Léon le Grand :

Celui qui vénère en vérité la Passion du Seigneur doit contempler de telle manière Jésus crucifié qu’il reconnaisse en Lui sa propre chair“.

Faustino s’identifie volontiers au Christ. Il écrit dans son journal, six semaines avant sa mort :

Je suis prêt à recevoir de Dieu toutes les petites souffrances qu’il voudra bien m’envoyer.
Elles sont bien peu de choses, et je les accueille si volontiers que j’y trouve mon bonheur.” (janvier 1963)

Il parle de bonheur. Pour beaucoup de nos contemporains, le bonheur leur semble incompatible avec la souffrance. C’est que le monde d’aujourd’hui a trop tendance à confondre le bonheur avec le bien être.

“Bonheur”, nous dit le dictionnaire, “c’est un état de parfaite satisfaction intérieure” ;
le “bien être”, par contre, fait plutôt référence au matériel.

Faustino vit spontanément les Béatitudes, ce bonheur paradoxal que seul comprennent ceux qui ont compris la croix :

Je suis très heureux. Je ne sais pas ce qui m’arrive, mais, Dieu soit loué, je n’ai pas connu le malheur et je suis toujours heureux. On sent quelque chose au dedans de soi.
Un si grand amour pour Lui qui m’a toujours conduit par la main, qui n’a jamais permis, ne serait-ce qu’une seule fois, que je commette un péché mortel…
Je Te remercie, Seigneur, pour le bien être intérieur si merveilleux que Tu me donnes
(27 mars 1962)

Cette sérénité, qui semble si spontanée, a été conquise il y a bien longtemps.
Comme Anne de Guigné, Faustino, enfant, avait appris à faire des sacrifices pour préparer à Noël le berceau de l’Enfant Jésus.
Faustino savait que, pendant le carême, il faut savoir se priver de menus plaisirs pour Jésus et pour ceux qu’il aime : les pauvres. Et il découvre que “quand on se prive de quelque chose pour l’amour de Dieu, on ressent une grande joie“.
Très tôt il avait découvert le Christ crucifié. En janvier 1951, la revue du collège des Sœurs de la Sainte Famille, où le petit Faustino fait son école maternelle, raconte ce trait :

Faustino est un bambin de 4 ans qui a été inscrit cette année au collège. Il veut savoir le pourquoi de tout.
Hier, pendant que la Sœur lui mettait le tablier, il prit la croix que celle ci portait :
– Ma Sœur, qui c’est, ça?
– C’est Notre Seigneur.

Et avec des mots tout simples, elle lui raconta de quelle façon Jésus avait été crucifié.
Faustino trouva que c’était très mal, cette crucifixion, et il essaya d’enlever les clous avec ses petits doigts.

– ‘On ne peut pas les enlever…”

Et lui, très étonné que celle ci ne l’aide pas, lui dit :

“Mais toi, tu n’as pas pleuré beaucoup quand on les lui a enfoncés ?

Marie, à qui Faustino avait, à 9 ans, promis de réciter le chapelet chaque jour, l’a aussi bien aidé à comprendre son Fils :

La Vierge Marie souffre tout cela pour sauver le monde. Elle suit son Fils jusqu’au Calvaire. C’est elle qui fait le Chemin de la Croix.”
– “Très Sainte Vierge Marie, apprends-moi à voir la valeur de la souffrance.

Elle va bien l’aider, à l’heure suprême. Il serre fortement dans sa main une médaille de Marie :

Maman, je vais mourir…”
“Embrasse-la, Faustino”.
– “Oui, maman, si tu savais… Elle m’aide tellement !”

Le 3 mars 1963, il rejoignait Marie au ciel.

Combien de personnes, par son exemple, ont su porter, elles aussi, avec patience, leur croix de chaque jour. On a peur de dire que la souffrance, unie à celle de Jésus, est source de vie.

Anne de Guigné, Faustino, et tant d’autres “petits” sont un appel à ne pas laisser perdre cette source d’énergie que sont les inévitables souffrances de notre vie sur terre.
Pour en savoir davantage sur Faustino :
Et si Dieu me parlait ! Faustino“, par José Maria Salaverri (Éd. le Sarment Fayard – coll. “Témoins de la lumière”)