L'escalier "impossible"

Ce chef-d’œuvre en colimaçon de 33 marches et 6,70 mètres de haut, réalisé au milieu du XIXe siècle dans un bois inconnu des Amériques, sans colonne centrale, ni autre appui que celui de sa première marche, est assemblé sans vis, ni clou, ni colle, ni renforts métalliques, dans une élégance et une perfection géométrique intégrales.

Il reste une énigme – non pour les religieuses qui ont prié saint Joseph – mais pour tous les architectes, charpentiers et maîtres menuisiers qui en interrogent les secrets depuis 169 ans.

91 – L’ESCALIER DE SANTA FE (histoire à raconter)

Récit paru dans la n° 219 de la revue Transmettre (mars 2020)

Sur terre, on le voit dans l’Évangile, saint Joseph a été très silencieux. Quand il intervient sur terre, il continue à être très discret !
Mais il peut rendre possibles les choses les plus impossibles, comme le montre le récit de Francine Bay.

En 1852, quelques jeunes religieuses de l’ordre de Notre-Dame de Lorette viennent d’arriver en Amérique du Nord, dans l’État du Nouveau Mexique. Elles habitent dans une petite maison en briques, où il n’y a qu’une seule pièce. Mais elles sont pleines de courage et, petit à petit, les travaux avancent. Elles ont bientôt un joli couvent et elles peuvent ouvrir leur école qui s’appelle « Notre-Dame de Lumière ». Quelle joie dans la ville de Santa Fe !

Leur évêque, Mgr Lamy, qui est d’origine française. Il voudrait maintenant en ce lieu une belle chapelle, qui ressemblerait, en plus petit, à la magnifique Sainte-Chapelle de Paris qu’il aime tant.

Les architectes se mettent au travail. Et bientôt charpentiers et maçons déploient tous leurs talents. Une belle chapelle gothique s’élève peu à peu. Elle sera assez grande et pourra accueillir beaucoup de monde. Mgr Lamy est très content, et les sœurs aussi bien sûr!

Elles prient beaucoup saint Joseph qu’elles aiment tellement et en qui elles ont toute confiance. Bien souvent il leur a déjà manifesté sa puissante protection. Et maintenant, elles lui confient particulièrement la construction de la chapelle, en n’oubliant pas qu’il était charpentier.

Vers la fin de l’année, la chapelle est terminée. Elle est vraiment magnifique, avec ses belles pierres soigneusement sculptées qui renvoient la lumière : une splendide petite copie de la Sainte-Chapelle ! Dans le fond, il y a, pour la chorale, une tribune éclairée par un éclatant vitrail.
Mais tout à coup on se rend compte d’un détail capital : on a oublié l’escalier pour monter à cette tribune … C’est une catastrophe ! Que faire ?

Les architectes revoient leurs plans. Ils envisagent plusieurs solutions : aucune n’est satisfaisante. Peut-être faudra-t-il détruire toute la façade, qui est si belle et a demandé tant de travail !… La situation devient angoissante : aucune solution ne convient. Évidemment, on pourrait mettre tout simplement une échelle pour monter à la tribune, mais dans une si splendide chapelle, ce serait invraisemblable ! Les sœurs, voyant le désarroi de tous les responsables du chantier continuent à prier saint Joseph de plus belle. Au dernier jour de leur neuvaine, arrive au couvent un ouvrier avec sa caisse à outils. Il a “entendu parler” du problème et propose de construire un escalier. Il est vraiment le bienvenu et les sœurs remercient déjà saint Joseph de tout leur cœur.

Mère Marie-Madeleine, la supérieure, après avoir consulté les architectes, donne son accord et l’homme se met à l’ouvrage.
On verra bien si, lui, trouve une solution…

Chaque jour, les sœurs et les enfants de l’école voient l’ouvrier apporter des planches et travailler consciencieusement, avec son marteau, une scie, une équerre. Il ne parle à personne et parait très absorbé par son travail. Il fait de nombreuses allées et venues entre la cour et la chapelle. Au bout de quelques mois, un bel escalier en colimaçon est en place, permettant d’accéder facilement à la tribune. Et la façade avec son grand vitrail restera intacte, Dieu merci ! L’homme a terminé son ouvrage. Mère Marie-Madeleine le cherche pour le remercier et le payer, mais il a disparu. On ne le reverra plus …

A la scierie voisine, que les Sœurs interrogent, on ne l’a jamais vu… Quel mystère !

Les architectes arrivent. Mgr Lamy aussi. Tous se rendent compte que cet escalier, si léger et gracieux, qui fait deux tours complets sur lui-même, est parfaitement stable. Pourtant, tout ne repose que sur la première marche. Comment peut-il s’équilibrer ainsi, sans même un pilier central ? C’est incompréhensible. De plus, en l’observant de près, on découvre qu’il n’y a pas un seul clou. C’est vraiment prodigieux. On examine aussi la nature du bois utilisé, qui ne correspond à rien de connu, tout au moins à Santa Fe.
Et en plus de tout, un peu comme une signature, l’escalier a trente-trois marches, comme les trente-trois années passées par Jésus sur la terre. Les sœurs comprennent vite, et tout le monde avec elles : c’est saint Joseph lui-même qui est venu répondre à leurs prières et qui travaillait chaque jour dans la cour de leur couvent…

Depuis plus de 150 ans maintenant, cet escalier fait l’admiration de tous. Malgré le temps qui a passé et les innombrables visiteurs, il reste comme neuf. Maintenant ce sont des architectes du monde entier qui viennent l’admirer. Et nombreux aussi sont les jeunes mariés qui tiennent à se faire photographier sur les marches du célèbre “escalier de saint Joseph “, pour se mettre sous la protection de ce grand saint, si humble et si puissant.

Prions saint Joseph avec la même confiance que les sœurs de Santa Fe, spécialement le 19 mars, jour de sa fête, pendant le mois de mars qui lui est dédié,  et même toute l’année. Saint Joseph sait « rendre possibles les choses les plus impossibles »… comme l’escalier de Santa Fe !

Francine Bay